La recherche
Post-trauma est la recherche actuellement menée dans le cadre de la Chaire de Professeure Junior Minority Studies.
L'enquête repose sur ma propre clinique, des archives psychiatriques coloniales produites en Algérie et une enquête ethnographique participative sur les médecines et savoirs traditionnels. A partir de cette triangulation de données cliniques, historiques et ethnographiques, j'interroge :
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les violences systémiques (violences sexuelles et violences coloniales)
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les traumatismes psychiques qu’elles provoquent
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et les savoirs concernant leurs prises en charge thérapeutique
À l’origine de ce travail, il y a la conscience d’une nécessité de changer de paradigme pour survivre psychiquement à la violence du monde social. Le premier geste en ce sens consiste à identifier le paradigme dans lequel nous évoluons. En l’occurrence, les rapports de pouvoir à l'origine des violences systémiques relèvent à mon sens d’un paradigme que je nomme : paradigme de l’effraction.
Le premier objectif de recherche consiste à analyser les effets du paradigme de l'effraction sur la notion même de trauma
Avec Fanon, je pars du principe que la souffrance psychique est une altération du rapport à soi, et au monde, indissociable du contexte social dans laquelle elle survient. Aussi, ce n’est pas tant l’individu, mais le système dans lequel il évolue qui est malade. Système qui, sous la paix apparente des institutions, repose sur l’effraction continue des terres, des corps et des esprits. En faisant une généalogie du trauma, cette recherche contribue à mettre en évidence la manière dont les rapports de pouvoir relatifs au capitalisme, au patriarcat et à la colonialité ont historiquement influencé la définition et la prise en charge des traumatismes psychiques, entraînant des phénomènes de violences dans le domaine même de la santé mentale.
Le deuxième objectif vise à caractériser les traumatismes systémiques
Les rapports de pouvoir produisent une rupture des liens ontologiques et relationnels du sujet avec lui-même, son entourage, la société et l’ensemble du vivant. Je définis à ce stade les traumatismes systémiques, comme l’ensemble des atteintes psychiques et transgénérationnelles qui sont produites par l'exposition chronique et répétée à ces rapports de pouvoir structurels, historiquement constitués et socialement reproduits.
Le troisième objectif consiste à mettre en évidence un paradigme alternatif
Un paradigme dans lequel il est possible de penser les traumas systémiques depuis des épistémologies qui ne soient pas androcentrées, anthropocentrées et ethnocentrées. En l'occurence, il existe un paradigme des relations qui résiste et échappe sans cesse à l’effraction continue. Il se situe à mon sens au croisement des théories féministes, des philosophies politiques les plus exigeantes et des épistémologies du Sud Global. Il met en scène des écologies relationnelles, saines et conscientes, qui doivent être toujours davantage théorisées et visibilisées pour l’emporter encore face aux logiques de domination qui divisent les individus au sein d'une société et en leur sein, au sein de leur propre psychisme.