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 La race tue deux fois
Une histoire des crimes racistes en France, 1970-2000
(Editions Syllepse, 2021)
 

Image de Paul Bulai

Des crimes racistes de 1973 dans le sud de la France aux récentes violences policières, cet ouvrage, issu de ma thèse de doctorat et d'une base de données de plus de 700 cas, met en évidence les mécanismes et l'incidence du racisme structurel en France.

« Nous conjurons le sort et nous enterrons nos morts. Nous tenons des listes d’hommes tombés sous les coups du racisme pour dire que nous refusons catégoriquement d’être violentés en raison de notre visage, de notre nom, de notre filiation. Nous dressons religieusement ces listes parce que nous nous souvenons des grands-parents que nous n’avons pas connus et des petits-enfants que nous n’avons pas encore. Ce geste, quand bien même il n’aurait pas la matérialité d’un monument aux morts, relève d’un acte patrimonial. L’élaboration de ces listes a été guidée par la volonté de laisser une trace et un témoignage sur l’époque au cours de laquelle elles ont été compilées. Plus qu’une comptabilité macabre, elles livrent des éléments sur l’état des rapports sociaux. Répéter régulièrement que des hommes meurent en raison de leurs stigmates, c’est dire la précarité de certaines vies, l’adversité d’une condition et les formes extrêmes que peut prendre l’exclusion [...].

 

Poser une liste conduit inexorablement à en trouver une autre quelques jours plus tard. Ces listes expriment l’idée d’une injustice. Elles dénoncent le racisme et l’impunité du racisme. Elles pointent du doigt les crimes, mais également la grande majorité des procès qui ont fini par des peines légères avec sursis ou des acquittements, quand ce n’est pas un non-lieu qui est venu clore l'affaire.

Elles disent en substance que la racialisation, autrement dit le fait de placer des personnes dans une catégorie raciale afin d’asseoir un rapport de pouvoir et d’en tirer profit, tue deux fois. La première violence touche à l’intégrité physique de la personne, la seconde a son intégrité psychique. Elle est une conséquence du traitement pénal qui ignore la nature raciste des crimes jugés ».

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